L’allée des rosiers mémoriels dans le parc Japiot est un de mes lieux de promenade préférés à Verdun. Pour les amateurs de rosiers, ce lieu est une véritable pépite. Cette allée sert de « conservatoire » pour des variétés de roses qui ont un lien direct avec la Grande Guerre. En s’y promenant, les visiteurs parcourent une chronologie végétale de la guerre. Imaginer que l’on a pu créer une fleur pour honorer une personne, pour se souvenir de lui et le retrouver « vivant » chaque année au moment de sa floraison, c’est très beau.
Un conservatoire vivant des rosiers anciens
La création d’ une « Allée des rosiers mémoriels » à Verdun répond à une volonté forte de lier l’histoire, la nature et le devoir de mémoire à travers un symbole universel.
La création d’ une « Allée des rosiers mémoriels » à Verdun répond à une volonté forte de lier l’histoire, la nature et le devoir de mémoire à travers un symbole universel. Contrairement aux monuments en pierre comme l’Ossuaire de Douaumont ou le fort de la Citadelle qui figent le deuil et la dureté des combats, le rosier est un monument vivant. Chaque printemps, des roses refleurissent symbolisant « l’espoir et le renouvellement des générations ». C’est une manière de rendre l’hommage dynamique et intemporel.
Des roses pour raconter l'Histoire
Tous ces rosiers portent un message de paix et racontent une d’histoire. À côté de Maréchal Foch, Miss Edit Cavell évoque une infirmière britannique volontaire, fusillée en 1915. Un peu plus loin, Pax, l’autre contribution britannique créée en 1918, célèbre la Paix. Après la mort de ses deux fils. Le rosiériste lyonnais Joseph Pernet a pérennisé le souvenir de ses deux fils morts à Verdun en créant « Souvenir de Georges Pernet » et « Souvenir de Claudius Pernet ». Le comte de Feligonde a souhaité également honorer la mémoire de sa fille avec un rosier. « Ghislaine de Feligonde » » qui côtoie « Bataille de la Marne » est là pour se souvenir qu’elle lui a sauvé la vie sur le champ de bataille.
Un patient travail de détective
Retrouver tous ses rosiers a nécessité des trésors de patience aux bénévoles d’Agir pour le Verdunois. Le rosier « Verdun« , planté pour commémorer le centenaire de la bataille, était conservé et entretenu à la roseraie départementale de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). On doit sa création à l’obtenteur orléanais René Barbier qui l’a élaboré en 1918 pour honorer les soldats victimes de la terrible bataille de 1916. Mais il avait disparu depuis belle lurette des catalogues des pépinières, car démodé… Dommage, car ce rosier produit des bouquets de roses doubles d’un rouge carmin ou pourpre intense.
Le rosier Garance, "Poppy" de la France
Plus récemment, le rosier « Garance-Centenaire de la Grande Guerre-Verdun », rend hommage à l’uniforme des poilus en 1914. Parrainé par Christophe Malavoy, cet hybride, issu du savoir-faire du rosiériste belge Lens Roses, a vu le jour grâce au soutien des mécènes et à la persévérance des bénévoles de l’association Agir pour le Verdunois. Sa création répond à un cahier des charges précis. L’obtenteur devait réaliser une rose rouge au cœur jaune, adaptable à tous les sols, remontante et parfumée. Garance rejoint ainsi les roses commémoratives internationales, comme le rosier Poppy en Belgique.
Des rosiers à dominante rouge
En parcourant l’allée des rosiers mémoriels du parc Japiot, une couleur frappe le regard : le rouge. Loin d’être un simple parti pris esthétique, cette nuance dominante revêt une profonde dimension symbolique. Si les roses pourpres et carmin évoquent le sang versé par tous les soldats, français comme allemands, sur le front de Verdun. La rose ‘Garance’ porte un double message : son rouge rappelle la teinte de l’uniforme des Poilus de 1914, tandis que son cœur jaune offre une note d’espoir et de rayonnement.
Les rosiers du Nouveau Monde
Depuis 2018, l’allée des rosiers mémoriels du parc Japiot s’enrichit d’un massif « Nouveaux mondes », qui rend hommage aux soldats étrangers de la Grande Guerre. Il se compose de variétés très symboliques :
Le rosier « Gallipoli » évoque la terrible campagne des Dardanelles en Turquie. Destinée à ouvrir une voie d’approvisionnement vers la Russie pour soulager le front occidental, cette opération Anglo-Française y opposa les forces alliées (dont les contingents australiens et néo-zélandais) à l’Empire ottoman.
Le rosier « Milhem Pemberton » scelle le destin de Louis Milhem, un agriculteur du Nord, et de Frederick Despard Pemberton, un aviateur canadien. Le 21 août 1917, ce dernier est abattu au-dessus de Selvigny ; témoin du crash, le paysan français lui porte immédiatement secours. Après le conflit, les deux familles s’unirent pour baptiser cette rose, créée par le révérend Pemberton, un célèbre obtenteur anglais de l’époque.
Le rosier « Sammy » salue la mémoire des soldats américains, affectueusement surnommés les « Sammies » par les Alliés français et britanniques.
L’allée des rosiers mémoriels s’agrandit au fil des années sans dévier de son objectif. Si les enfants viennent y jouer, les amoureux s’ enlacer et les générations évoquer la Grande Guerre en mangeant une glace, elle montre que l’horticulture sert aussi de support à la mémoire collective et à la réconciliation.
Le saviez-vous
Si la Grande Guerre a profondément bouleversé les économies, l quotidien et l’évolution de nos sociétés, elle a également marqué de son empreinte l’horticulture et les plantes d’ornement. Durant cette période, les créations de roses se font rares. Et pour cause : les obtenteurs étaient mobilisés sur d’autres fronts…
La rose au cœur de la tourmente et du souvenir
En France, seuls René Barbier et Jules Gravereaux, tous deux âgés de 70 ans en 1914, peuvent poursuivre leur activité. Durant les quatre années de conflit, ils donnent naissance à quelques variétés emblématiques :
1914 : « Madame Raymond Poincaré »
1915 : « La Marne » (polyantha), « Petite Françoise » (polyantha) et « Le Poilu »
1916 : « Ghislaine de Féligonde », un hybride de multiflora
1918 : « Verdun » (polyantha), « Auguste Gervais » (hybride de Wichuriana) et « Maréchal Foch » (polyantha, par l’obtenteur Levasseur)
Après l’armistice, le devoir de mémoire se poursuit. En 1919, de nouvelles variétés voient le jour pour célébrer la paix et le sacrifice des soldats : « La Champagne » (hybride de Thé), « La France Victorieuse » (hybride de Thé) et « La Somme » (hybride de Pernetiana). Bien plus tard, l’hybrideur britannique David Austin créera la rose « Picardie » pour commémorer, cette fois, le centenaire de l’Entente cordiale. Des rosiers qui ornent à présent l’allée des rosiers mémoriels du parc Japiot.
Les pivoines rendent hommage aux héros
Cette pénurie de nouveaux plans touche également les pivoines. Auguste Dessert, maire de Chenonceaux, est âgé de 50 ans au début de la guerre. Exempté, il va imaginer plusieurs hybrides au nom évocateur :
1915 : « Aviateur Reymond » et « Victoire de la Marne » (deux pivoines herbacées à fleurs doubles rouge foncé)
1920 : « Clemenceau » (fleur double d’un rose soutenu)
1922 : « La Madelon » (fleur rose chair)
1927 : « Verdun » (fleur simple d’un rouge pur)
Pour leur part, les pépinières Rivière créent une pivoine arbustive baptisée « La Moselle ». Outre-Atlantique, l’élan de solidarité s’exprime aussi dans les jardins : en 1918, l’hybrideur américain Thurlow crée « President Wilson », une pivoine double, tardive et très parfumée.
Un hortensia pour la mémoire
Le monde des arbustes de terre de bruyère n’est pas en reste. Émile Mouillère, célèbre obtenteur d’hydrangeas installé à Vendôme, apporte sa pierre à cet édifice mémoriel en créant, en 1917, une variété d’Hydrangea macrophylla baptisée tout simplement « La Marne »
Mon avis en synthèse
J'aime 😍
- L’idée d’utiliser la botanique pour raconter l’histoire
- Le cadre du parc Japiot qui longe la Meuse
- Une promenade à faire en famille
- La proximité d’un parking qui rend le parc accessible à tous en plein centre de Verdun
J'aime moins 😒
- L’impossibilité d’acheter des plans de rosiers mémoriels à Verdun
FAQ
Où peut-on acheter des rosiers mémoriels de Verdun ?
Après recherche, je conseille de vous adresser aux pépinières Lens Rose ou à la roseraie de l’Hay les Roses qui peut vous renseigner sur les différents obtenteurs.
