Stanislas Leszczynski occupe un rôle central en Lorraine. Arrivé sous la contrainte de l’Histoire, il devient une figure emblématique de la région. En quelques années, il s’impose comme un roi bâtisseur, bien décidé à laisser son empreinte dans son pays d’adoption. Je vous propose un itinéraire pour découvrir la Lorraine sur les traces de Stanislas.
Le roi Stanislas ! À Nancy, à Commercy ou à Lunéville, son nom est inoubliable. Pendant trente ans, il règne sur les duchés de Bar et de Lorraine. De 1737 à 1766, il devient la figure tutélaire de la région que lui attribuait son beau-fils le roi Louis XV. Pour autant, celui-ci garde la haute main sur les affaires militaires et politiques, les impôts et la justice, mais veille à lui attribuer une très généreuse liste civile pour tenir son rang. Roi déchu, il n’en reste pas moins un souverain et son beau-père par-dessus le marché. Après avoir signé les accords de Meudon, Stanislas découvre la Lorraine en échouant à Lunéville, qui devient le siège de sa cour.
Si le château a des allures de Versailles, il est en revanche bien vide… Les meubles ont « disparu » emportés par la duchesse douairière Élisabeth-Charlotte. A contrecœur, elle cède le château de Lunéville à Stanislas Leszczynski pour s’installer dans celui de Commercy. Il commence par remeubler et embellir Lunéville pour lui redonner son faste et y installer sa cour en 1737. Passionné d’architecture, bon vivant, il ne cache pas son côté « esthète ». Il va s’entourer des grands noms de l’époque pour améliorer son cadre de vie. Il fait appel à l’architecte Emmanuel Héré qui le suivra tout au long de son règne. Stanislas, artiste dans l’âme, va porter ses efforts sur les jardins du château.
Il fait réaliser une salle du trône et choisit d’agrémenter les jardins en y ajoutant des « fabriques ». Il demande à Emanuel Héré de concevoir des petits pavillons exotiques pour embellir les perspectives du parc des Bosquets. Ces « folies » vont transformer le parc et devenir un véritable centre d’attraction. On vient admirer le Kiosque, d’inspiration turque et le trèfle inspiré par les pagodes chinoises. On se retrouve au salon des Cascades ou au pavillon de Chanteheux. Stanislas, qui entend rivaliser avec Versailles, fait aussi construire des petites chartreuses bucoliques le long du canal pour illustrer le retour à la nature et à la simplicité prôné par les philosophes des Lumières. Enfin, il fait ériger au pied du château « le rocher aux automates ». Les 88 automates qui peuplent le paysage font tellement parler d’eux que les journaux de l’époque la désignent comme « la merveille de Lunéville« .
Stanislas Leszczynski tient à ce que Lunéville soit une belle ville. En 1743, il s’intéresse à ce qui va devenir l’église Saint-Jacques. Elle se substitue à l’ église des chanoines réguliers de l’Abbaye Saint-Rémy, en piètre état. Stanislas finance les travaux et fait appel à son architecte favori : Emmanuel Héré. Le bâtiment est construit dans l’esprit baroque qui rappelle à Stanislas ses origines polonaises. Héré construit les deux tours qui culminent à 52 m et le décor qui dissimule entièrement l’orgue. L’intérieur est peint dans un camaïeu de jaune qui met en valeur le décor en rocaille éclairé par ses grandes verrières blanches d’origine. L’église Saint-Jacques de Lunéville et l’église Notre-Dame de Bonsecours que l’on doit aussi à Stanislas sont deux chefs-d’œuvre de l’art baroque en Lorraine.
Stanislas s’il est très famille, comme on s’en rend compte en visitant Notre-Dame de Bonsecours n’en est pas moins un galant. Son épouse décédée, il choisit de faire construire le château d’Haroué pour abriter ses amours. Il charge Germain Boffrand de la tache. Après tout, l’architecte a fait ses preuves au château de Lunéville et le résultat satisfait Stanislas. Boffrand choisit de filer la thématique du temps qui passe pour ériger Haroué. Ce qui deviendra le Chambord lorrain convoque tous les talents. Nicolas Héré, Jean Lamour, Jean Pillement, Jacques Hebert vont faire du château un écrin dans la campagne lorraine. Bientôt toute l’aristocratie et les têtes biens faites du siècle s’y retrouvent. Si Stanislas n’a aucun poids politique, il entend marquer sa présence en transformant et en améliorant la région qui l’accueille.
Stanislas s’intéresse aux villes de sa région. Nancy va devenir sa grande oeuvre. Grand mécène, il va dépenser sans compter sur ses deniers personnels pour l’embellir. A Nancy, il relie la vieille ville des ducs et la ville italienne de Charles III. Il conçoit une troisième ville qui s’articule autour d’une place centrale. Aujourd’hui, la place royale dédiée à Louis XV devenue la place Stanislas est une des plus belles d’Europe. A l’époque, elle rivalise avec celle de Paris. Tous les bâtiments publics se concentrent autour d’elle pour la magnifier. Elle devient le centre névralgique de la ville. Quand il vient à Nancy, Stanislas réside au château de la Malgrange à Jarville. Malheureusement, il ne reste rien de la splendeur de la propriété, sinon quelques bâtiments transformés en collège.
A partir de 1738, Notre-Dame de Bonsecours marque également l’ère Stanislas à Nancy. Très pieux, le souverain qui découvre l’église en venant de Lunéville supporte mal son état de délabrement. Par ailleurs, Stanislas Leszczynski sait qu’il aura besoin d’une sépulture pour lui et sa famille le moment venu. Il choisit Notre-Dame de Bonsecours pour son repos éternel. De toute manière, il n’a pas le choix, car il est persona non grata à la chapelle des Cordeliers. Ni une, ni deux, il convoque à nouveau Emmanuel Héré, Jean Lamour entourés de leurs acolytes préférés pour redonner vie à l’édifice. Objectif atteint puisqu’au aujourd’hui, Notre Dame de Bonsecours est réellement un joyau de l’art baroque en France. Peu d’édifices religieux peuvent rivaliser avec elle, tant elle est remarquable.
Quand Stanislas Leszczynski ne vit pas à Lunéville ou Haroué, il séjourne à Commercy. À la mort de la duchesse douairière, le château lui échoit. Stanislas se plaît à Commercy et y vient fréquemment. L’étiquette est moins astreignante et sa cour le suit volontiers. On y retrouve Emilie du Châtelet et Voltaire, venus en voisins et Jean François Lambert. Pour rendre la demeure plus plaisante, Stanislas fait aménager les dépendances. « Un immense bassin, la pièce de Neptune et un grand canal, long de cinq cent cinquante mètres et large de trente, aboutissant au « Pavillon royal ou Château d’Eau », la « Pièce de Diane » sont creusés. La façade du « Pavillon Royal », que l’on atteint en gondole, est une série de cascades. La longue avenue bordée de Tilleuls partant de la place du Fer à cheval s’achève en forêt par la Fontaine Royale: de l’eau jaillissante retombant dans des bassins, avec un kiosque et des pavillons à colonnes ». * La fontaine royale devient le lieu de ralliement quand Stanislas va chasser dans ses bois. Commercy, sous le règne de Stanislas, se transforme également. Un nouvel hôtel de ville et la Neuve halle sont construits. Tant et si bien que ceux qui ne sont pas venus dans la ville depuis quelques années peinent à la retrouver.
Ainsi, durant toutes ses années passées en Lorraine, le roi Stanislas Leszczynski n’a eu de cesse d’améliorer son cadre de vie et celui de ses administrés. Ce roi sans pouvoir est parvenu à imprimer sa marque de façon indélébile dans la région. Il a créé plus de 50 fondations, une académie, imaginé une « sécurité sociale » avant l’heure pour les Lorrains, institué des écoles gratuites pour les enfants. Sans lui, Nancy ne verrait pas défiler des touristes du monde entier, Commercy serait sans madeleine et Haroué serait simplement un charmant village… Cet itinéraire sur les pas de Stanislas peut se réaliser lors d’un week-end en Lorraine. Stanislas vous prendra par la main pour vous la faire découvrir.
Je vous propose un parcours que vous pourrez modifier à votre guise. Trois jours ne seront pas de trop pour tout visiter sans courir. Vous ferez une plongée dans les heures fastes du XVIIIe siècle en Lorraine. Cette boucle vous permet aussi de découvrir d’autres sites lorrains remarquables. En chemin profitez-en pour goûter les spécialités régionales.
*Le démantèlement du château de Commercy : Jean-Paul Streiff
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Ne lui doit-on pas aussi le baba au rhum ou est-ce une légende?
Absolument! Stanislas était un bon vivant très gourmand. On lui doit la madeleine de Commercy et le baba au rhum. Toute l'histoire de ce célèbre gâteau et sa recette se trouve là : https://weekendenlorraine.fr/2024/11/15/baba-au-rhum/