Si la Grande Guerre a profondément bouleversé les économies, l quotidien et l’évolution de nos sociétés, elle a également marqué de son empreinte l’horticulture et les plantes d’ornement. Durant cette période, les créations de roses se font rares. Et pour cause : les obtenteurs étaient mobilisés sur d’autres fronts…
La rose au cœur de la tourmente et du souvenir
En France, seuls René Barbier et Jules Gravereaux, tous deux âgés de 70 ans en 1914, peuvent poursuivre leur activité. Durant les quatre années de conflit, ils donnent naissance à quelques variétés emblématiques :
1914 : « Madame Raymond Poincaré »
1915 : « La Marne » (polyantha), « Petite Françoise » (polyantha) et « Le Poilu »
1916 : « Ghislaine de Féligonde », un hybride de multiflora
1918 : « Verdun » (polyantha), « Auguste Gervais » (hybride de Wichuriana) et « Maréchal Foch » (polyantha, par l’obtenteur Levasseur)
Après l’armistice, le devoir de mémoire se poursuit. En 1919, de nouvelles variétés voient le jour pour célébrer la paix et le sacrifice des soldats : « La Champagne » (hybride de Thé), « La France Victorieuse » (hybride de Thé) et « La Somme » (hybride de Pernetiana). Bien plus tard, l’hybrideur britannique David Austin créera la rose « Picardie » pour commémorer, cette fois, le centenaire de l’Entente cordiale. Des rosiers qui ornent à présent l’allée des rosiers mémoriels du parc Japiot.
Les pivoines rendent hommage aux héros
Cette pénurie de nouveaux plans touche également les pivoines. Auguste Dessert, maire de Chenonceaux, est âgé de 50 ans au début de la guerre. Exempté, il va imaginer plusieurs hybrides au nom évocateur :
1915 : « Aviateur Reymond » et « Victoire de la Marne » (deux pivoines herbacées à fleurs doubles rouge foncé)
1920 : « Clemenceau » (fleur double d’un rose soutenu)
1922 : « La Madelon » (fleur rose chair)
1927 : « Verdun » (fleur simple d’un rouge pur)
Pour leur part, les pépinières Rivière créent une pivoine arbustive baptisée « La Moselle ». Outre-Atlantique, l’élan de solidarité s’exprime aussi dans les jardins : en 1918, l’hybrideur américain Thurlow crée « President Wilson », une pivoine double, tardive et très parfumée.
Un hortensia pour la mémoire
Le monde des arbustes de terre de bruyère n’est pas en reste. Émile Mouillère, célèbre obtenteur d’hydrangeas installé à Vendôme, apporte sa pierre à cet édifice mémoriel en créant, en 1917, une variété d’Hydrangea macrophylla baptisée tout simplement « La Marne »