Trésor silencieux : La crypte de la cathédrale de Verdun

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La crypte de la cathédrale de Verdun est un des lieux les plus intéressants et insolites de la ville. Son histoire et sa restauration la rendent unique en France. Protégée derrière ses murs épais, elle a survécu aux incendies et aux guerres. Après tous ces outrages, elle renaît de ses cendres et témoigne de l’Histoire : la Grande qui se confond avec celle des bâtisseurs. Sa traversée des siècles et ses tourments évoquent en de nombreux points celle de Notre-Dame de Paris. Une similitude qui la rend encore plus attachante.

Les origines mystérieuses de la crypte

 Il faut s’aventurer derrière le baldaquin magistral de la cathédrale pour trouver les escaliers qui mènent à la crypte. L’évêque Heimon, l’a fait creuser il y a mille ans pour fonder l’abbaye bénédictine Saint-Maur. Il aurait choisi ce lieu, car il abritait un oratoire où Saint Saintain baptisait les premiers chrétiens de Verdun. En 450, Attila signe la première destruction lorsque les Huns tentent de s’emparer de Verdun. Reconstruit à l’époque par St Airy, la crypte recueille les reliques des trois premiers évêques de Verdun : Saint Saintin, Saint Maur et Sant Salvin. Une autre hypothèse, plus pragmatique, veut que l’on construisît l’abbaye de St Maur à cet endroit, car la Scance approvisionnait en eau les religieuses. 

Baldaquin de la cathédrale de Verdun

La crypte, édifiée vers 1130 par l’architecte Garin, témoigne de la reconstruction de la cathédrale après sa destruction par le comte Renaud de Bar. À l’initiative de l’évêque Albéron de Chiny, cette restauration permet à Garin d’intégrer le style roman bourguignon aux parties qu’il réhabilitait : chœur oriental, crypte et portes. Une époque faste pour la ville de Verdun.

Quatre incendies et toujours debout

La vie de la cathédrale de Verdun n’est pas aussi tranquille que le cours de la Meuse. Au XVIII e siècle, la cathédrale de Verdun est la proie des flammes quatre fois de suite…Les incendies de 1717 et 1731, déclenchés par la foudre, frappent la cathédrale et endommagent les quatre tours coiffées de flèches et d’une toiture de plomb. Malgré ces drames, les flèches sont conservées. En 1738,  un ouvrier, en manipulant du plomb, provoque un nouvel incendie.

Puis, en 1755, la foudre s’abat à nouveau déclenchant un nouvel incendie.. Cette fois, le feu dévore toute la toiture. Le plomb fondu se répand dans la nef, saccageant d’innombrables œuvres d’art. Heureusement, le trésor de la cathédrale est épargné.

Vitrail de Jacques Gruber_crypte de la cathédrale de Verdun

Cet ultime incendie entraîne  la suppression de deux tours sur les quatre que compte l’édifice. Dans la foulée, le chanoine de Plaine décide de moderniser l’édifice. Exit les chapelles vénitiennes, le portail au Lion. On bouche la crypte de la cathédrale de Verdun qui tombe dans l’oubli. Le style roman s’efface au profit du baroque plus majestueux.

Le chapelle de la crypte de la cathédrale de Verdun
La chapelle de la crypte de la cathédrale de Verdun

Renaissance de la crypte de la cathédrale de Verdun

La Première Guerre mondiale ravage Verdun. La cathédrale et le palais épiscopal sont en grande partie détruits comme les trois quarts des 2400 bâtiments de la ville, réduite à néant. Le dicton dit qu’il faut toujours un mal pour un bien.

À partir de 1920, l’élan de générosité permet la restauration de Notre-Dame.  André Ventre et Marcel Delangle, les deux architectes en charge de sa restauration,  s’attachent à retrouver  l’authenticité de l’édifice, en mettant en valeur ses éléments primitifs.  Les travaux  gigantesques  entrepris s’achèvent en 1936.

Les bombardements ont épargné uniquement le baldaquin, le chœur, et les deux tours de l’édifice. Mais, c’est à cause d’un obus que l’on a redécouvrir la crypte lors des travaux de déblaiements.

La cathédrale de Verdun après les bombardements de la Grande guerre
Document d'archives
La cathédrale de Verdun après les bombardements de la Grande guerre
Document d'archives

Une crypte unique en son genre en France

En extrayant les gravats, les fouilles mettent à jour les colonnes et les chapiteaux latéraux datant de 1135. On retrouve également les restes des peintures polychromes qui ornaient murs et plafonds. Les architectes décident alors de la restaurer en s’appuyant sur les éléments initiaux du bâtiment pour lui redonner son aspect original. Ils demandent à Jean-Jacques Grüber de rénover les vitraux et verrières. De son côté, le sculpteur Gaston Le Bourgeois va réaliser les chapiteaux des piliers de la crypte.

Peinture polychrome dans la crypte de la cathédrale de Verdun

La restauration de la crypte associe les motifs religieux aux figures et scènes emblématiques de la guerre des tranchées.  Cela en fait toute son originalité qui la rend unique en France. En levant les yeux, on peut voir un poilu et sa pipe,  le pigeon Vaillant du fort de Vaux, les aviateurs et les camions de la Voie Sacrée. Il représente aussi  les permissionnaires, l’aumônier, la corvée du pain, la relève au front, les blessés et les prisonniers allemands.

Mais c’est surtout une scène rare et poignante qui surprend dans ce lieu : un soldat à genoux, les yeux bandés, prêt à être fusillé.

L’évocation de la Grande Guerre sous tous ses aspects dans le lieu le plus retiré et intime de la cathédrale transcende sa portée. En écho, les marques des tâcherons sur les murs rappellent les bâtisseurs. Ces signatures pérennisent sa signification et rendent la crypte de la cathédrale de Verdun encore plus émouvante. 

Ces sculptures et ses modestes signatures, aussi inattendues que saisissantes, font de la crypte de la cathédrale un lieu insolite et incontournable à Verdun, où l’histoire et la spiritualité se rencontrent.

Marque de tacheron
Marque de tacheron
Marque de tacheron

A voir aux alentours

  • Le centre mondial de la Paix
  • Le musée de la Princerie
  • La citadelle de Verdun
  • Le pont Saint-Amand 

Infos pratiques

  • Adresse : Place Monseigneur Ginisty

La Cathédrale de Verdun est ouverte tous les jours :

  • Du lundi au samedi : 9h00 – 12h00 et 14h00 – 18h00
  • Dimanche et jours fériés : 14h00 – 18h00

Tarif : la visite est gratuite, mais les dons sont appréciés pour l’entretien de l’édifice

Pour tout renseignement et précision sur les heures d’ouverture, contacter l’office du tourisme 

Mon avis en synthèse

La Cathédrale Notre-Dame de Verdun est davantage qu’un édifice religieux : c’est un monument qui témoigne d’un millénaire d’histoire, où se mêlent splendeur architecturale et souvenirs partagés. Elle intéresse autant les amateurs d’histoire que les passionnés d’art ou simplement en quête de sérénité.

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