Au cœur du centre historique de Nancy, la porte du musée d’art lorrain dans la Grande Rue laisse pantois d’admiration tous ceux qui passent devant. Pour le moins imposant, il est impossible de ne pas remarquer ce chef-d’œuvre de l’architecture Renaissance. L’histoire de la porterie du palais ducal se confond avec celle des ducs de Lorraine et de l’histoire de la ville de Nancy.
Faire la pige au château de Blois
La majestueuse porte du musée d’art lorrain est tout ce que l’on peut admirer de ce splendide musée fermé depuis 2018 pour cause de rénovation. Mais ceci est une autre histoire… De cet extraordinaire ensemble, on peut visiter l’église des Cordeliers et la galerie des Cerfs qui ouvre sur un jardin bucolique à souhait.
La porte du musée lorrain rappelle fortement celle du château de Blois. Et c’est normal. Construite au début du XVIe siècle, le duc de Lorraine Antoine, qui commande l’ouvrage, a passé une grande partie de son enfance dans le château de Blois. Puis il a accompagné son cousin, François 1er, dans ses guerres contre l’Italie. Le duc Antoine, s’initie très tôt à l’art de la Renaissance qui renouvelle le style architectural en France. Comme entrée principale du palais ducal, la porterie donne accès à la cour d’honneur de la plus belle des manières.
Détruite à la Révolution
Pour présenter l’hôte de ses lieux aux visiteurs, le sculpteur Mansuy Gauvain réalise la statue équestre du duc Antoine. On lui doit également l’enfeu du duc René II présenté à l’église des Cordeliers et la statue de la Vierge au manteau de l’église Bonsecours. La statue équestre du duc disparaît à la Révolution sur ordre du maire de Nancy. Détruite, elle laisse un grand vide jusqu’en 1851. Pour la remplacer, la ville organise un concours pour restituer son principal ornement à la porte du musée lorrain. Giorné Viard remporte le concours et réalise la copie que l’on voit aujourd’hui dans la porterie ducale. Il remplace la pierre de Savonnières provenant des carrières meusiennes par la pierre de Jaumont plus jaune.
Les petits détails de la porte du musée lorrain
La porte du musée d’art lorrain devait en imposer. Aucun détail ne manque pour affirmer la puissance et le prestige du duc Antoine. Au pied du cheval se trouve un chardon, symbole de la Lorraine qui évoque sa devise : « Qui s’y frotte s’y pique. ».
Dans le premier glabe au dessus de la niche équestre, on voit les armoiries du duc Antoine de Lorraine portées par deux angelots joufflus et un aigle portant une croix de lorraine. Il est dominé par un second glabe où figurent deux têtes de soldats en vis à vis coiffées d’une coquille. Des pilastres richement ornementés de frises encadrent ces détails très symboliques. L’ensemble de la porterie contraste avec la façade presque austère du palais ducal.
Le petit singe moqueur de la porte du musée lorrain
Si vous observez attentivement l’encadrement de la porte du musée lorrain, vous apercevrez une sculpture insolite. Elle dénote parmi les chimères, guirlandes et sommets de colonnes chargées tel un stupa. À gauche de l’encadrement, protégé par le balcon, se trouve un petit singe. À l’époque, les sculpteurs n’hésitaient pas à prendre des libertés avec leurs créations, dès qu’elles échappaient au regard du grand public. C’était pour eux l’occasion de régler leurs comptes. Ce petit singe assis, feuillette un livre. Il porte une bure comme celles que revêtaient les moines des Cordeliers.Voisins du palais, ils observaient les travaux du palais ducal en les critiquant sans cesse. Las de leurs persiflages, Gauvain Mansuy les a représentés sous les traits de ce petit singe moqueur. Détail amusant, les révolutionnaires l’épargnèrent en le jugeant anticlérical !
L'ours Masco et la légende de la porte basse
À gauche de la porte cochère réservée aux carrosses se trouve une porte basse. On la nomme la porte Masco. Ce nom lui vient de la légende relatée,notamment, par le Conservateur en 1787*. Elle prend ses racines dans la victoire de René II contre Charles le Téméraire en 1477. Le duc avait remporté la victoire de la bataille de Nancy avec le soutien des gardes suisses. Depuis cette victoire, les ducs de Lorraine gardaient un ours, symbole de la ville de Berne, dans une niche située près de la porterie. La grille de cette niche est toujours visible au musée d’art lorrain. Très choyé, l’ours ducal reçoit des visites tous les après-midi. Les personnalités tout comme le prince viennent le voir et le gâter.
En 1709, lors du « grand hiver », un petit Savoyard trouve refuge dans la niche de l’ours Masco. Comment est-il arrivé là ? Ramoneur, comme beaucoup de ses enfants, il a dû tomber par le conduit de la cheminée qu’il nettoyait. L’ours se prend d’affection pour le petit garçon qui se réchauffe contre sa fourrure. Masco très bien traité, partage la nourriture abondante qu’on lui apporte chaque jour. Cela aurait attiré l’attention d’un garde qui trouve l’enfant endormi contre le plantigrade. Le duc Léopold, mis au fait de cette découverte, fit venir l’enfant et l’ours dans son château de Lunéville pour les protéger. Masco écoula des jours heureux à Lunéville.
*Pour les curieux voici le lien pour retrouver le récit fait dans le Conservateur. Merci à Pascale Debert pour l’avoir retrouvé.
A voir à proximité de la porte du musée lorrain
Ne manquez pas à deux pas de cette splendide porterie. N’hésitez pas à déambuler dans les petites rues attenantes lors d’une visite à Nancy, vous découvrirez des trésors d’architecture.
- L’église des Cordeliers
- La basilique Saint Epvre
- La porte de la Craffe
- Le parc de la pépinière
